Toute la musique qu’on aime

C’est avec grand plaisir que je me suis lancée dans l’aventure de la radio libre avec l’ami Aelthan Ferragun pour partager, non plus de lui à moi mais avec tout ceux qui le souhaitent, nos explorations musicales. C’est spontané, à notre image, lui cadré, moi bordélique. A mon avis je risque de recouper sur ce blog, dans mes reviews, et sur ce que je propose là-bas des groupes, artistes, clips et autres. On verra ce que ça donne dans l’avenir. En tout cas on se fait plaisir !

Pour réécouter le podcast de l’émission, ou pour écouter la playlist, c’est par là :

« Vous n’écoutez pas les autres radios » 

Transistor Original Soundtrack, Darren Korb

Cette bande son, mais cette bande son ! Je fonds. Complètement trippé et atypique.

Un mélange de jazz et de soul, d’ambiance de fond de cabaret, d’électro moderne, de trips planants, … On oscille entre des airs ou emprunts rétro (« Water Wall ») rappelant le milieu du 20e siècle, avec des cordes grattées aux sons modulés à l’hawaïenne (« Sandbox »), des fonds électro beaucoup plus citadins (« Traces »), voire angoissés et dystopiques (« Vanishing Point »), des choses électro plutôt minimalistes (« Cut Apart ») et des airs chantés mélancoliques et plein de souffrance (« In Circles »). Une dominante rock maintenue, des guitares crades, des rythmes batteries, des frottements (« The Spine »), tout en incorporant des scratchs hip hop, des chappes planantes, etc. Parfois on se retrouve plutôt avec une guitare sèche type acoustique, pour des fragments à dominantes presque latines (« Coasting »). Mais rien n’est isolé, systématiquement les genres vont se mélanger. Quelques mélodies, et surtout l’aspect mixte de l’album, tantôt très électro tantôt plus trip-hop (ou hip hop) avec des touches jazzy, me rappellent le trip hop savoureux de Zero7 par moments (un clin d’oeil qui parle peut-être uniquement à ma sensibilité personnelle, mais ça m’a crevé les yeux) – y compris les inclusions de chanteuses. Car n’oublions pas de parler des contributions délicieuses d’Ashley Barrett sur 5 de morceaux comprenants des thèmes principaux du jeu. Une voix extrêmement chaude et ronde, chaleureuse, ouverte, au timbre impressionnant. Elle peut autant se fendre d’un vibrato très subtil, d’une texture pleine et entière, très douce, que d’une tension du flux limite éraillée qui fout le frisson. Impossible à classer ; parfois c’est du Morissette, parfois du velouté black-soul à la Gloria Gaynor.

Maintenant, évidemment on va aussi plus loin 😉 C’est une pâte à part entière, un tout indissociable. La BO de Transistor s’écoute aussi bien pour elle-même que pour le jeu en lui-même. Elle est puissante, et bien que conçue à la perfection pour soutenir le projet ; elle parle à l’âme sans avoir besoin de son produit d’origine. Une auto-suffisance dont je me délecte.

Le reste sera évoqué plus avant au court d’un long article de décryptage du jeu, en combinaison avec les thèmes principaux, ça me paraît inéluctable.

Tellement de bons ingrédients mis en ensemble dans une seule pochette ! J’écoute, j’écoute, j’écoute, encore et encore, et je ne me lasse pas. C’est fluide, ça coule tout seul, ça accompagne mes journées, souvent mes nuits aussi. C’est pêchu, moody, comment s’arrêter ?

Retour de concert, Rone à la Laiterie (Strasbourg)

Comme on dit si bien, l’occasion fait le larron. Quelqu’un qui croise ma route et mentionne en passant ce concert d’un artiste découvert il y a peut-être deux ans. L’idée émerge alors de prévoir un petit week-end prolongé pour me couper un peu de la thèse et souffler. Hop !

Pour respecter la parité et prolonger les expériences musicales, le live report de la première partie, Kings Love Jacks !

Extrait du nouvel album :

 

Ecouter les albums de Rone sur Deezer.

[Petite remarque : Des photos prises à la dérobée lors de quelques passages de « ralentissement ». J’ai « raté » les meilleurs effets, mais généralement dans ces moments-là j’étais plutôt en train de profiter.  Le blog retaille automatiquement pour éviter les déformations de l’interface, mais clic droit « ouvrir dans une nouvelle fenêtre » ou « afficher » permettra de les voir en plus grand.]

Je vais commencer directement par les quelques points négatifs histoire d’en être débarrassée. Il y en a très peu, et on peut s’en accommoder en fait. (NB: pour ceux qui s’en foutent royalement, surtout que ça ne concerne pas la performance de Rone, sautez ce passage et foncez après les petites étoiles).

Premièrement, un public étrangement jeune, une salle truffée de lycéens surexcités…  Avec sa corollaire qui à mon grand regret tend à perpétuer un cliché : jeunes, immatures, des cris sur aigus, des jeux à la noix dans la foule, et l’envie de se bourrer la gueule et fumer son joint… Assez décevant. Maintenant, j’ai fait de mon mieux pour me caler sur mes autres voisins et oublier ça, puisqu’il s’agissait plus de « noeuds » à divers endroits, mais que la salle comble comportait aussi d’autres types de personnes (c’est juste que forcément, les plus discrets se repèrent moins). Le petit souci, c’est plus les quelques moments où c’était impossible de ne pas y prêter attention parce que la nana devant vous se mettait à sauter partout et à écraser les autres comme si elle était seule dans sa chambre, ou quand votre voisin de droite se mettait à agiter son mégot en l’air sous votre nez (dans les gradins), ou quand toute une rangée plus bas se mettait à hurler de façon suraiguë. Mais bon, faire de son mieux pour que chacun profite… A noter cependant qu’à d’autres moments ça donnait une ambiance extrêmement électrique et « à fond » au concert ! Ça bougeait beaucoup, c’était joyeux, et Rone a pris des tonnerres d’applaudissements et de sifflements.

Deuxièmement, chose que les gens pensent souvent que j’exagère par intolérance : les infractions sur la cigarette dans les intérieurs. Dès le début du concert, les jeunes devant moi se sont mis à rouler des cigarettes (puis pas que du tabac…). Ca ne se fait pas, d’une part je trouve que la musique est tellement énorme que pas besoin de ça pour profiter, surtout en intérieur, et d’autre part, l’essentiel, c’est simplement une question de respect. Y a un lieu et un moment pour tout, on ne se comporte pas dans un concert comme à la maison (une personne qui m’accompagnait a tout naturellement trouvé la porte du fond avant le concert quand elle a voulu fumer). Si je ne fume pas, c’est par choix et par raison de santé, et quand j’arrive dans un lieu public où ça n’est pas respecté ça me pose problème : je suis physiquement incommodée, et le lendemain matin je suis malade. Mal aux yeux, mal au crâne, la gorge en feu etc. Tout simplement. Donc forcément… Un énorme moins.

Mais voilà, ce sont les seules choses que j’ai notées. Pas le plus grave du monde. Après, j’ai mis tout ça entre parenthèses autant que possible pour profiter du concert, qui, par tous les Dieux, était divin. Alors vite, vite, passons aux belles choses !

***

Je ne m’étais spoilée d’aucun article, commentaire, photo etc, et donc la surprise a été totale. Je m’étais également détachée autant que possible des deux albums pour profiter de façon extrême de l’Instant : La puissance de la convergence des circonstances, un lieu, un public, une sono, un artiste et sa (re)création en direct, sans anticipation des chansons, des sons, des effets.

La lumière se fait très doucement et un oeuf, ou un vaisseau spatial, émerge, fumée à l’appui, s’échappant d’interstices lumineux. Au-dessus flotte une passerelle avec l’artiste à ses outils. Pendant un moment je me suis demandée s’il y avait une véritable passerelle, une estrade ou quelque chose, tellement l’effet visuel était fort, à cause de la lumière progressive, partant du centre, de la diffusion et du flou de la fumée. Passage ambigu qui m’a plongée directement dans l’esprit du concert : complètement étrange et spectral (grand mot clé de la soirée).

Découvrir une mise en scène aussi travaillée c’était le pied. C’est pro, c’est foutrement efficace ! Ca prend aux tripes, et ça nourrit exactement la musique de Rone pour moi : approfondir l’ambiance, raconter une histoire sans parole, accompagner le décollage, les sensations musicales… Terrible. Ce sont en réalité de véritables tableaux qui sont proposés. Des scènes, avec une charte de couleurs, de textures, de fumée (ou non), et plus encore. Les morceaux sont longs, flottants, porteurs également. Ce que j’apprécie de plus en plus, c’est le côté dynamique, le savant mélange de tous ces éléments. Ce n’est pas que visuel, pas que graphique mais tout un ensemble de choses qui fusionnent (Je crois que, oui, le deuxième mot que je retiendrai du concert ça sera fusion). Les tableaux sont vivants, les faisceaux se déplacent, changent de couleurs, se calent sur les notes de piano, les modulations de rythmes…

Voir Rone se démener au niveau des effets de la sceno, de la composition brute sous nos yeux, de le voir vibrer avec sa propre musique, gigoter, à la fois très concentré et pourtant réceptif, puis heureux, presque étonné de recevoir autant du public, avait quelque chose d’extrêmement touchant. Cette étonnante humilité… A-t-il l’habitude que les gens soient moins touchés par sa musique ? Ou beaucoup plus réservés ? J’espère qu’il a pris son pied, car il nous a livré un moment fantastique, et la moindre des choses étaient de l’exprimer. Je l’ai senti vraiment très en osmose ; même si je suppose qu’il avait une programmation, personnellement j’ai évolué tout du long avec la trajectoire qu’il avait construite, si bien qu’à partir d’un moment, j’avais la sensation qu’il anticipait les morceaux selon la vibration du public. Les chappes, les rythmes, les vibrations qui arrivaient successivement répondaient comme à mes besoins urgents. Pour redescendre, pour maintenir un palier planant, ou pour monter encore en intensité. Une lame de fond très puissante…

L’ensemble de tous ces éléments produisait des effets vraiment détonnants. Un mélange de moments visionnaires, galactiques ou tripés, avec des figures géométriques et colorées tracées dans la fumée, l’ombre et la lumière, à n’en plus finir. Comme un fond de rétine qui capte des ultra-violets. Cette charte graphique m’a énormément parlé; c’est une forme de sens abstrait, de poids symbolique. Pour ma part, je l’ai ressenti aussi comme une forme de métaphorisation de la vibration sonore, aussi bien ce qui pouvait s’écouter ou que se ressentir au fond des tripes. Du moins je l’ai expérimenté comme ça.


En parallèle de l’ambiance aérienne et cosmique, avec cette planète où nous avons débarqué via le vaisseau Rone, il y a eu des moments où j’ai été prodigieusement surprise de la qualité « organique » de la musique. J’ai cherché des mots, mais impossible d’arriver à savoir ce que je veux dire et à le retranscrire…  Malgré tous ces sons tech, ça sentait le bois, la matière, le primaire. Presque un fond de « nature », renforcé à un moment donné par un fragment de tableau en vert et jaune qui évoquait potentiellement le printemps, avec une texture visuelle de feuille et une saturation sonore qui faisait penser à un bruissement… Aussi, l’ambiance de groupe (salle) a je suppose accentué cette dimension dans un deuxième sens de la définition : la canalisation de la musique par la danse, l’énergie commune, et certains passages plus que planants, étaient profondément « organiques » ; primitifs, tribaux, quelque chose d’instinctif… Je n’arrive pas à mettre un mot sur ce que j’ai observé, mais la sensation de liberté et de communion était intense. Probablement de la trempe des effets de communion rituelle. Une forme de retour dans le temps, et de retour à l’essentiel, quelque chose de très élémentaire et puissant, de tacite.

La poétique Rone, au-delà du son et de sa lumière, a aussi été alimentée par un écran. Images graphiques au sens littéral cette fois-ci ont défilé sur certains morceaux : des illustrations et animations en noir et blanc dans un style très épuré, produisant comme des micros vignettes, ou saynètes. Cela venait soutenir l’ensemble du projet de concert, du délivrement de l’esthétique. Très impressionnantes synchronisations de la musique, des lumières et de l’animation par moments, notamment avec une scène où un météore venait s’écraser sur une planète, et que de geysers de lumière jaillissaient… des immenses frissons, d’autant plus en raison de l’endroit où ça se situait dans la trame du concert. Tout est une question de calibrage ultra millimétré ! En tout cas j’ai été ultra sensible à tous ces détails, et à tous les morceaux. Les petits êtres venaient rappeler la notion de Creatures, le titre du nouvel album, avec ce côté étrange et vivant, à mi-chemins entre les aliens et les petits farfadets de Miyasaki… (représentatif pour moi de ce mélange du galactique et du naturel). Une toile de fond et une vibration oscillant ainsi entre êtres et paysages, dans une sorte de voyage sidéral…


Du blanc éblouissant par moments. Puis du sombre, très sombre. Des rouges, de l’orange, du rose, du violet… Envoûtant. Des effets de « jets d’eau », de feuillage, de poussière, de vapeur… Tout cela sans jamais aucune figuration directe. Juste des effets de lumière et de fumée, des textures symboliques, ou assemblage d’une couleur, d’un fin sombre, d’un faisceau… Des étoiles, des comètes, des geysers donc, des pluies d’eau ou de neige, des étincelles…  A noter l’excellent moment où Rone s’est retrouvé « enfermé » dans un « tipi » de faisceaux bleus, ayant monté progressivement sur l’évolution de la track en cours.

Vraiment énorme. Une ambiance terrible, une musique sublime qui habite intégralement le corps. Avec tout ça… je ne pouvais pas faire autrement que de danser. Malgré toute la difficulté que représente un concert debout les uns à côté des autres, en identifiant bien le coefficient de mouvement de ses voisins, et en respectant ainsi un périmètre circulaire précis autour de soi, on peut se faire plaisir sans taper tout le monde (au début on se cogne nécessairement aux voisins, légèrement, mais on s’adapte). Et j’étais heureuse de voir beaucoup de gens se donner, même si certains étaient plus repliés dans leur intériorité. Pour ma part, la musique étant projetée avec une telle intensité, je la reçois et j’ai besoin de l’accompagner. Le palace de la sensation, avec des accents mystiques…

Ci-dessous un exemple de dégradé de couleurs pour accompagner les chappes, avec jeux d’ombre/lumière pour mettre en valeur l’artiste au centre.

Un exemple de tableau graphique en monochrome avec juste l’utilisation des lampes sur le Twitter Officiel. Je mets ça rapidement parce que je l’ai vu passer, mais je n’ai pas épluché mes amis Google et Youtube pour voir s’il y avait plein de choses à disposition ou pas. Et d’autres liens d’images internautes, je préfère filer les liens plutôt que de poster les photos vu que je n’ai pas contacté les auteurs : ici, ici et ici.

Finalement, pourquoi rentrer à la maison ? La planète Rone me convient très bien moi…