Transistor Original Soundtrack, Darren Korb

Cette bande son, mais cette bande son ! Je fonds. Complètement trippé et atypique.

Un mélange de jazz et de soul, d’ambiance de fond de cabaret, d’électro moderne, de trips planants, … On oscille entre des airs ou emprunts rétro (« Water Wall ») rappelant le milieu du 20e siècle, avec des cordes grattées aux sons modulés à l’hawaïenne (« Sandbox »), des fonds électro beaucoup plus citadins (« Traces »), voire angoissés et dystopiques (« Vanishing Point »), des choses électro plutôt minimalistes (« Cut Apart ») et des airs chantés mélancoliques et plein de souffrance (« In Circles »). Une dominante rock maintenue, des guitares crades, des rythmes batteries, des frottements (« The Spine »), tout en incorporant des scratchs hip hop, des chappes planantes, etc. Parfois on se retrouve plutôt avec une guitare sèche type acoustique, pour des fragments à dominantes presque latines (« Coasting »). Mais rien n’est isolé, systématiquement les genres vont se mélanger. Quelques mélodies, et surtout l’aspect mixte de l’album, tantôt très électro tantôt plus trip-hop (ou hip hop) avec des touches jazzy, me rappellent le trip hop savoureux de Zero7 par moments (un clin d’oeil qui parle peut-être uniquement à ma sensibilité personnelle, mais ça m’a crevé les yeux) – y compris les inclusions de chanteuses. Car n’oublions pas de parler des contributions délicieuses d’Ashley Barrett sur 5 de morceaux comprenants des thèmes principaux du jeu. Une voix extrêmement chaude et ronde, chaleureuse, ouverte, au timbre impressionnant. Elle peut autant se fendre d’un vibrato très subtil, d’une texture pleine et entière, très douce, que d’une tension du flux limite éraillée qui fout le frisson. Impossible à classer ; parfois c’est du Morissette, parfois du velouté black-soul à la Gloria Gaynor.

Maintenant, évidemment on va aussi plus loin 😉 C’est une pâte à part entière, un tout indissociable. La BO de Transistor s’écoute aussi bien pour elle-même que pour le jeu en lui-même. Elle est puissante, et bien que conçue à la perfection pour soutenir le projet ; elle parle à l’âme sans avoir besoin de son produit d’origine. Une auto-suffisance dont je me délecte.

Le reste sera évoqué plus avant au court d’un long article de décryptage du jeu, en combinaison avec les thèmes principaux, ça me paraît inéluctable.

Tellement de bons ingrédients mis en ensemble dans une seule pochette ! J’écoute, j’écoute, j’écoute, encore et encore, et je ne me lasse pas. C’est fluide, ça coule tout seul, ça accompagne mes journées, souvent mes nuits aussi. C’est pêchu, moody, comment s’arrêter ?

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« The Sun & Moon », review indé

Page Steam – Page officiel Daniel Linssen – WordPress D.L

(Dans le doute, j’ai tout mis ! Selon la présentation qui vous parle le plus)

« The Sun and Moon, the winner of Ludum Dare 29, is a platformer with a unique mechanic: you can dive into the ground. Momentum is conserved but gravity is reversed, letting you fling yourself high into the air or deep beneath the surface. »

Renversant ce jeu de Daniel Linssen. Un aperçu sur youtube ou sur je ne sais plus quel plateforme de jeux vidéos, et j’étais conquise. Un appel immédiat pour mon appétit visuel avec cette palette complètement graphique, aux couleurs dégradées acidulées, et cet épure dans la présentation. Avec « The Sun & Moon » on va à l’essentiel : aussi bien dans le gameplay, dans la structure du jeu et des niveaux, dans le design, que dans les effets sonores, tout est ultra simplifié mais réfléchi, pour viser une efficacité maximum, qui a marché du premier coup avec moi.

« The Sun & Moon » nous propose de revisiter les petits jeux de plateforme de notre enfance. Récupérer des orbes sur un niveau, et ce en un temps record. Il y a très peu de détails, seulement quelques obstacles à piques à éviter, disséminés ici et là en des endroits stratégiques, du vide tout autour où il faut éviter de plonger malencontreusement, et des murs, à enjamber ou à traverser. Et c’est tout. Quid du fun alors ? Tout le sel repose dans les énigmes à résoudre pour réussir à passer les fameux obstacles ou récupérer les orbes coincées, à partir du moment où l’on a compris la spécificité du saut très spécifique à « The Sun & Moon » : une plongée en apnée à l’intérieur des murs, régulée par le principe de la poussée d’Archimède. Plus tu prends d’élan, plus tu plonges, et plus tu plonges, plus tu ressortiras vite et haut ; mais une fois que tu t’es lancé, impossible de faire marche arrière, tu seras toujours attiré vers le haut ! A tes risques et périls. Les orbes sont réparties au centième près là où il faut, pour demander à notre cerveau de réfléchir sa course, la meilleure trajectoire possible, et ce pour chacun d’entre elle sur un niveau. Comment aller plus vite, plus loin ? Passer le premier temps qui permet de valider le niveau (médaille croissant de lune), puis descendre le timing pour attraper les deux autres médaille (pleine lune et soleil) et tenter de descendre dans le classement général de chaque niveau ! Et alors commence la grande course de la mort en boucle, encore et encore, pour enchaîner parfaitement chacun des mouvements sur l’ensemble du niveau. Des heures et des heures en perspective, sur parfois toute une carte, ou même sur un seul niveau !

Pour ma part, j’ai juré beaucoup, et j’ai ri au moins autant – si ce n’est plus (les copains sont témoins). Mon syndrome thérapeutique se trouve là, dans la jouissance de mourir pour des conneries et de pouvoir recommencer à l’infini avec une grande rapidité, de constater à quel point les placements ont été choisis au poil de cul près pour pousser la difficulté et frustrer, ou permettre des enchaînements vraiment beaux (esthétiquement) à voir et aussi très gratifiants quand ils ont été bien réalisés. Ce que je trouve particulièrement réussi par ailleurs : il s’agit d’un excellent mélange de réflexion, avec des niveaux énigmatiques à décrypter (trouver la route pour atteindre l’objectif, puis trouver la route miracle qui battra tous les temps), et un rythme « interne » à ressentir, des mouvements fluides et intuitifs à intégrer, juste par le souffle.

Les différents levels se débloquent au fur et à mesure que l’on collecte les premières médailles, leur nombre ouverte la suite des aventures, non pas en ligne droite (carte linéaire) mais en arborescence (à gauche, à droite, au-dessus etc). Cela permet ainsi de naviguer à l’envie, vraiment de façon aléatoire et capricieuse, rien d’autre ne nous bloque que le compte de médailles, sinon on peut progresser en laissant des niveaux de côté. Aussi, on découvre avec joie que les games de couleurs changent, histoire de varier un peu les plaisirs. A priori, il y a donc 150 niveaux en tout, répartis sur 10 mondes. Et des succès très classiques : compléter à 100% chacun des mondes, et obtenir 100 médailles de chaque sorte. Le gameplay, la conception des niveaux sont vraiment aboutis, en utilisant toutes une myriade de possibilités de saut, etc. J’en suis pratiquement à 7h de jeux en très peu de temps, et je ne me lasse vraiment pas du principe ; c’est toujours aussi addictif, toujours aussi jouissif.

Pour la suite, encore beaucoup d’idées ou de choses à démontrer, mais le plus efficace sera encore de l’avoir en vidéo et exemples à la clé :

Pour des petites parties rapides entre deux phases de boulot, ou des heures de prise de tête en mode speedrun averti.

Retour aux ondes électro 2, de l’électro pixelisée

Aller, ne boudons pas notre plaisir. Je termine la partie 2 du tour d’horizon électro entrepris au mois de janvier dernier (partie1) en ajoutant à la liste ces découvertes, liées au jeu vidéo, puisque c’est après tout ce qui m’a fait revenir dans ces eaux. Voici donc quelques exemples avec les morceaux inspirés de Jim Guthrie, de Xavier Dang et de David Housden, calés dans l’univers électro-acide du jeu vidéo pixelisé.

Jim Guthrie, qui n’est plus à présenter pour beaucoup, a réalisé [The Ballad of Space Babies], l’OST du jeu Sworcery. Il est très difficile pour moi de qualifier ce genre d’albums. Il comporte de nombreuses pistes, assez différentes et avec des styles « variés ». La pâte a été bien travaillée à l’unisson avec le jeu : l’univers sonore est presque « texturé » et contextuel. On sent une pointe d’espièglerie, on voyage ; on imagine des petites créatures, des paysages etc. C’est plutôt bien rythmé et « ambiancé » que minimaliste.

Avec [The State], Xavier Dang a créé un album unique qui n’est pas sans rappeler le style du merveilleux FEZLa particularité de cette musique est d’avoir été partagée en live lors de sa conception sur twitch.fr, pour ceux qui avaient les nuits longues… Des instants curieux dans une ambiance ultra cosy, à découvrir les bidouilles logicielles, les quelques explications du chef, et l’évolution des tracks sur la semaine. Je n’avais pas cherché à comprendre précisément tout ce qui se passait à ce moment-là ; après quelques discussions (en anglais) sur l’éducation musicale et sur les logiciels de sons, je profitais essentiellement de la musique elle-même, déjà d’une grande qualité à mon oreille lors des streams. Au final j’ai été très surprise lorsque j’ai découvert qu’un album avait été concrétisé au bout du compte ! J’avais manqué cet aspect s’il avait été annoncé.

Je ne saurais pas qualifier les morceaux précisément. J’y ressens une sorte de souffle sous-jacent qui porte constamment vers l’avant, avec un côté citadin, moderne, comme une balade dans une grande ville… d’un autre temps pourtant. Des souvenirs de déambulations dans New York, pourtant revisités. Effets de suspension ou d’étrangeté, on a l’impression d’un autre lieu ou d’un autre univers, comme un espace limite, à la frontière. Ca m’a laissée rêveuse, en tant qu’arrière plan de mes lectures d’insomnies, ou même simplement assise le nez en l’air et le regard au plafond. J’ai été transportée ailleurs. Chaque piste est unique, avec une vraie différence, une vraie pâte, et l’ensemble un tout vraiment cohérent. L’album se tient parfaitement, avec un début, une progression, des variations, et une fin. The State EP, c’est un moment. Ce moment-là qui ne se refait pas, au milieu des nuits, d’un total inconnu, et d’un milieu dont je ne connaissais rien. Vierge de tout, de l’électro, du chiptunes, du jeu indé. Je me suis retrouvée là presque par hasard, et je me suis uniquement laissée entraînée par le son.

La musique du très bon [Thomas Was Alone], jeu indépendant audacieux, a été composée par David Housden. Elecro minimaliste et ambient, à tendance chiptune. Mon approche a évidemment été influencée par la découverte du jeu, et je ne saurais dire ce que l’on peut ressentir face à un tel album quand on n’a pas eu l’expérience « intégrative » des deux. Tout ce que je sais c’est que cette ambiance évolutive au fil des pistes (et du jeu), qui nous mène progressivement vers cet espèce d’apex, d’élévation, à coup de sons éthérés, électrifiants, tantôt piano, tantôt informatiques, m’a prise aux tripes. L’envie de me replonger dans cet état, dans ce voyage, dans cette « montée » justement, même quand le jeu est fini. Ca habite ! C’est un mélange savant entre la tendance nature du piano et le côté purement info qui reflète le méta-discours du jeu. Ces petits scractchs, ces petits sons aigus plus ou moins distants… avec parfois des chappes qui font penser à des violons sans en être, c’est extrêmement organique. J’ai la sensation de me retrouver face à un orchestre sans orchestre ; il y a une réelle construction de la composition. C’est reposant, planant, mais c’est aussi grisant ; on est dans l’émotion. La mécanique qui a eu le plus d’effet sur moi reste le jeu sur les distances des sons, l’impression qu’ils sont tantôt proches tantôt éloignés, le fort et le sourd, ainsi que le passage ou roulement des sons entre gauche et droite ; si on ajoute également les effets de croisements entre eux et les jeux de saturation… Bingo.

Pour les connaisseurs, si je devais trouver une comparaison, c’est un peu comme si on plongeait l’orchestration d’un Journey (Austin Wintory) dans un univers chiptune / pixelisé. Maintenant, je me rends bien compte que je devrais probablement faire une review intégrale du jeu + musique, mais… Ahhhhh, le temps manque !

Un coup de coeur pour ce style « chiptune » (pour faire large) qui m’apaise étrangement pour bosser par moment, et qui fait une jolie ambiance sonore de façon générale.

La nuit a chassé le soleil, « Race The Sun »

A mes heures perdues, après des journées trop chargées, ou lors de nuits perturbées, j’aime bien me changer des séries et films qui me laissent finalement passive en me posant à la place devant des jeux vidéos. Depuis quelques mois, je découvre un univers protéiforme voire infini, loin des uniques grosses productions consoles que je connaissais. Des gameplays variés (système de jeu), de la beauté, de la bonne musique, de l’esthétisme, des petites méditations philosophiques… Loin du vulgaire, loin du stupide, je remets à zéro le compteur à cliché, et je redécouvre des possibilités. Et bien évidemment, comme toujours, quand je commence à accrocher à quelque chose,  avec le temps l’envie de le partager se fait pressante.

Même si bien des idées (!) me traînent dans la tête, je souhaitais me lancer sur Race The Sun, jeu étonnamment simple qui m’a hameçonnée dès le premier essai. Autant fun que beau. Je cherche toujours des jeux différents, à part, et si on peut considérer qu’il reprend des principes plutôt basiques et vieux comme le monde de type arcade, l’ensemble a été bien « systémisé » et rafraîchi, notamment par une poétique ambiante très épurée mais foutrement efficace à mon goût.

Quand on entre dans le menu et lance la première partie, je crois que tout le monde comprendra immédiatement le principe : couleurs froides, pastels et métallisées, nous sommes ici dans un temple de la sobriété. Le concept est simple mais porteur : « Race The Sun » c’est une course contre le soleil. Loin de la fable écologique (notre vaisseau est alimenté par l’énergie solaire), il s’agit ici d’une course contre la montre ; remonter le temps, aussi longtemps que possible, pour vivre encore un peu, courir encore un peu, parcourir une région de plus, etc. C’est plutôt une ambiance ultra mélancolique et de fin du monde qui pèse, avec cette rougeur qui envahit le ciel quand le temps presse. Remarquez aussi la précision chirurgicale du détail  : au début de chaque partie, sous le titre vous trouverez une citation aléatoire, qui, si parfois elle est un peu décalée (faite pour rire?), la plupart du temps est raccord au thème de la vanité. Poètes et penseurs américains (Walt Whitman, David Thoreau) ou proverbes, nous sommes baignés dans un environnement marqué.

Le gameplay de base est ultra simple : une course d’obstacles solitaire pour attraper des items et des bonus, et aller le plus loin possible dans les paliers sans se crasher sous peine de tout recommencer. Avec une difficulté progressive bien dosée, et quelque additions à droite et à gauche, il y a suffisamment de paramètres pour varier et se faire plaisir, autant à « speedruner » ou « platiner », que pour de simples parties de 10 minutes entre deux portes. Principe non original mais logique pour ce type de jeu, le respawn (réapparition après mort) reprend toujours au début de l’univers, pour établir un échelonnage de difficulté et de challenge, par paliers successifs. Cependant, la nouveauté sa situe dans le système de mondes et régions qui change légèrement tous les jours. Déplacement des objets, item, chemins. Vraiment, tout est bien dosé pour nous faire accrocher, avec des micros défis et des succès accessibles progressivement.

Voici une toute première vidéo de présentation du jeu, en espérant que ça ne sera pas trop le foutoir.

Qui pourrait être complétée par quelque chose de plus fun sur le site officiel du jeu.

Si vous n’êtes pas sûrs de vous et ne souhaitez pas dépenser 9 euros pour un tel jeu, surveillez les promos sur les différentes plateformes célèbres, car c’est ce qui m’a décidé à le prendre (j’ai dû l’obtenir pour 3 ou 4). Et en attendant, testez-le ! C’est par ici.

Retour aux ondes électros, petit tour d’horizon 1

Après beaucoup de retard (comme pour beaucoup de choses), je découvre bandcamp, le site de musique d’artistes indépendants, de petits labels faits maison. Découvert par les copains et les copains des copains, et à force de chercher des OST de jeux vidéos (Gunpoint, Brothers, Machinarium…), j’en suis venue à bandcamp ; puis je surfe, je surfe, je surfe… Et je me rends compte qu’il s’agit d’une sacré mine, notamment pour explorer la musique electro, moi qui adore certains styles, mais qui n’aie aucune référence en la matière. Et après quelques clics, des recommandations à droite, à gauche… ce type de site / réseau social permet d’aller vite, et j’en ai plein les oreilles. Du chillout, du trip hop, du nu jazz, de l’ambient…. miam.

D’abord rencardée sur le travail divin de Floex / Tomas Dvorak avec d’une part son album Zorya ainsi que les OST de Machinarium et Samorost 2, ainsi que ses albums persos.

[Zorya] commence directement sur un savant mélange. « Ursa Major » donne le ton : une chappe de fond très discrète et planante, quelques notes dissonantes rapide et une mélodie perchée au piano démarre, distincte, répétitive ; le caractère hypnotique se construit très rapidement avec une incorporation de sons  élecros de diverses natures ; d’autres notes de pianos, des tintements, des « crachements de micro », quelques impressions de percussions… L’impression d’être emportée par une boîte à musique moderne qui tourne et déraille, puis s’envole.  « Casanova » enchaîne avec d’autres instrumentalisations jazzy, un flou artiste entre les vents et les cuivres, une impression de clarinette (hanche pincée) puis de saxophone, avec une rythmique soutenue qui se propage. On oscille entre quelques choses de très clair et aérien et quelque chose d’extrêmement moderne qui sent l’urbain. Pour peu émergerait un bref moment l’illusion d’assister à une mélopée funèbre dans un cimetière américain, mais c’est peut-être moi ; derrière en revanche, on revient à une sorte de solo jazzy vibrant, avant de revenir à cette rythmique. Et commence la danse alternée. « Blow up » répond en miroir d’ « Ursa Major », revenant sur des notes de pianos mêlées à des chappes traînantes. « Precious Creatures » part sur un rythme très soutenu qui évoque la base de vent de « Casanova », en ajoutant une voix limpide et plutôt aiguë, entamant un chassé croisé des genres, instruments à vent (bassons, clarinettes), style jazzy, sons électros, beats, … « Forget Me Not » enchaîne avec des vibes un distordues et étranges. Tout se mélange, un enchevêtrements de motifs stylistiques et musicaux, voire rythmiques, étendus sur plusieurs tracks. Le résultat est complètement hypnotique, organique, comme un album conçu en une seule fois, un seul opus très long avec différents mouvements. Ajouts progressifs de simili-guitares, violons, pianos (« Veronica’s Dream »). Intermède scintillant, aérien, l’impression d’être dans une salle de répétition d’orchestre, puis dans l’espace, avec une radio brouillée. Complètement planant. Ca monte, ça descend, ça se suspend, puis ça s’envole avec des voix chaudes (« Nel Blu feat. Musetta »).  Un ovni inqualifiable pour moi, aux frontières de tous les sous-genres parmi lesquels j’essaie de m’orienter : l’ambient planant, trip hop rythmique, nu jazz, et chillout. Pas de mots, juste magique. A écouter en boucle.

[Machinarium] c’est la surprise dès la première écoute ! Je bondis. « The bottom ». Un mélange complètement trippé d’ethnique et d’électro, avec des micros sons de tambour, voire du tabla (tambours indiens aux timbres d’eau et de bois très particuliers), et d’électro, et de citares… What the hell is this? Magical. De la reverb, des chappes, des assemblages… J’ai perdu énormément de vocabulaires ces dernières années, c’est très frustrant quand j’ai besoin de décrire des choses que j’identifie bien mais que je n’ai plus le terme pour. « The Sea » plane et tinte, « siffle » très brièvement avec des similis flûtes… « Clockwise Operetta » inqualifiable aussi. Un tempo qui s’emballe, avec des timbres de percus en bois, des notes synthés, des ensembles de cordes, et puis d’un coup une voix électronique qui profère une phrase hypnotique en français. Indescriptible. Des trilles ultra aiguës au piano qui me donnent les poils, un bois type clarinette se profile. Puis… tout change. (« Nanorobot Tune ») Des beats bien sentis, un côté hip hop, mélangés à des sons électros. J’ai le corps qui gigote, qui veut bouger. Avant de ralentir sur une piste presque en bruit blanc (« The Mezzanine »). Fusion du piano, des tintements et des sons électroniques sur « The Furnace ». Du jazzy, du scratch, du « terreux », du brillant, du flottant… Y compris un petit jazz cubais des familles pour la track finale « The End » ! (Non sans avoir joué sur les conventions évidemment, en l’introduisant après des sons électroniques, à travers un effet radiophonique) Un petit bijou. On pourrait en parler longtemps.

Toujours de l’électro expérimentale dans un univers étrange et boisé pour [Samorost]. On retrouve la même volonté de variété que pour d’autres OSTs de jeux, dans un esprit espiègle, tantôt joyeux et coloré, tantôt mystérieux et sombre. Mélange de jazz, de morceaux assemblages de sons/bruits y compris naturels, des effets de tunnels, de grotte, d’eau, de percus, des pianos discrets et inquiétants parfois.

Je me rends compte alors, à force, que je navigue autour du « concept » d’IDM (Intelligent Dance Music) et que je retombe sur mes pattes au final. L’IDM se veut probablement exactement ceci : un creuset de créativité. On prend de tout, partout, et on mélange, non gratuitement, mais par recherche, démarche, expérience, questionnement… Et finalement, on transcende. Impossible alors de réduire à un seul terme et un seul style, ça n’aurait pas de sens. Il y a de nombreux embranchements que l’on peut identifier, mais les morceaux ne sont jamais réductibles à ceux-là. C’est un discours « meta ». Les résultats musicaux sont incroyablement organiques et puissants, en tout cas je les trouve porteurs. J’ai été totalement happée, harponnée, emportée. [Note: j’ai beaucoup apprécié cet article sur le sujet]

Rencardée ensuite sur Jim Guthrie, dont j’écoute essentiellement le récent One of These Days I’ll Get it Right.

Je glisserai peut-être un mot plus poussé dans l’avenir, mais dans tous les cas, on se situe ici plutôt du côté du trip hop, avec un savant mélange de voix radio/enregistrées, de rythme hip hop et d’électro. Maintenant, comme toujours, le mot clé demeure éclectisme. Moderne, urbain et composite, ça me laisse néanmoins un léger goût « daté » ; l’impression d’entendre de la musique des années de la fin 90 /  début des années 2000. L’album est néanmoins varié, et à partir de la moitié, les tracks commencent à changer d’influence, tantôt plus pêchues, tantôt plus planantes.

Puis le single KAMPUS de Pilotpriest, inconnu au bataillon, et là je commence à me dire que la route ne fait que commencer et qu’il y a de quoi bien « s’amuser »…

[KAMPUS – SINGLE] Des notes de synth-waves qui forment une mélodie par-dessus la masse, des beats de batterie claire pour poser un rythme constant, des sons enregistrés qui viennent infuser l’ensemble (« Kampus ») ; on ne sait pas où on va, mais on y va. Une forme de voyage dans une über-city ? Un petit côté Blade-runner ou Tron ? (« End of An Era ») Puis on s’enfonce dans quelque chose de plus sombre et inconnu. Les fréquences chutent vers les graves, des bruissements se font entendre, à mi chemin entre des cigales et des grésillements (« Body Double – Reprise »). De la lenteur se dégage une pulsion régulière, qui monte puis descend, s’approche et s’éloigne. Une piste qui s’étire, s’étire, s’étire… Après les 2 intros, on s’en donne pour 21:20 minutes. C’est le plongeon.

 

A partir de là commence l’errance hasardeuse sur bancamp à la recherche d’autres labels et albums similaires. Ralentissement maintenant, on s’aventure alors dans l’ambient.

D’abord assez classique somme toute, un bel assemblage de sons électroniques, [A World Away] de Teen Daze se situe dans la lignée de l’electro-ambient et de la synth-wave. Certaines pistes ont une progression très lente qui incorpore petit à petit des notes de piano-synthé et guitare (« Sun Burst ») plus ou moins à la mode des années 80, quand d’autres sont beaucoup plus punchy (comme « Another Night » qui contient un beat avant de décoller), voire très électroniques (« Than », « Desert »). On se balade ainsi entre l’ambient lente et pure, l’electro-synthé, et l’électro minimaliste. Je cherchais un fond sonore détendu qui offre une certaine « largueur de champ », je ne saurais pas comment expliquer. Cet album me semble être un excellent mélange de passages hautement planants et de choses soutenues par un rythme de fond très présent ; ni seulement l’un, ni seulement l’autre, les pistes proposent une belle pâte du coup, et après un ancrage rythmé (« Than », « Desert ») au coeur de l’album, on effectue soudain un ralentissement stratégique pour s’envoler à nouveau sur « I Feel God in The Water ».

Ensuite, je découvre 12k, et on plonge dans du beaucoup plus minimaliste et expérimental (termes retenus par le label New Yorkais). Des compositions longues et intenses. Je mets le doigt sur eux à cause de la mise en avant sur bandcamp de la précommande de Perpetual, par un quatuor d’artistes regroupé pour un live et n’ayant jamais joué ensemble auparavant (« legendary musician Ryuichi Sakamoto was joined on stage by Taylor Deupree and the duo of Corey Fuller and Tomoyoshi Date, known as Illuha« ), avant de fouiner du côté de Parallel Landscapes de Steinbrüchel.

Pour le premier [Perpetual], on sort complètement du genre classique de l’ambient : du feutré, des sons venus des profondeurs, des grattements, de la pluie, du vent, … quelque chose d’à la fois musical et éthéré, avec une longueur de notes, une base assez mélancoliques qui transportent, tout en étant ancré dans la matière, la texture (effets de sons naturels).  Avec douceur, et patience, la progresse, on se demande quels sons reviendront ou non, quel écho balancera sur quelle oreille… ce qui donne vraiment d’un déplacement. On se sent plongé dans l’expérience de la création ou dans un espace temporaire sans lieu, suspendu.

Pour le deuxième [Parallel Landscapes], quelque chose de plus mélodique, tout en petites touches colorées et discrètes, qui n’a pas été sans me faire penser à l’OST de Flower, très étrangement. Un mélange d’impressions de notes de piano, de clochettes métalliques, de synthé, de vibrations. Quelque chose de plutôt posé et plat (homogène), dont l’absence d’apex me fait songer à une métaphorisation de la pluie. Une forme de voyage intérieur de soi, ou à l’intérieur du son, métaphorique et abstrait. 

Les deux sont en précommande, seules une piste ou deux sont disponibles pour chacun des deux albums, ça me laisse songeuse.

Toujours le même virtuose, Austin Wintory

Parce que je ne cesse d’y revenir et de m’émerveiller. Ce compositeur est un génie, je ne vois pas comment le dire autrement, au risque d’être plate. Je redécouvre son site récemment grâce au rappel d’une connaissance (d’ailleurs j’aimerais bien y éplucher les quelques articles de blog mis à disposition tiens), et par là-même sa boutique bandcamp, qui propose un aperçu très lisible de ses titres phares. Or justement, comme je vais me lancer dans The Banner Saga, je cède à cette OST magnifique à l’ambiance médiévale que j’ai pu découvrir sur Youtube, ainsi qu’à la « nouvelle » (pour moi, vu que je ne me tiens pas toujours au courant) version des compositions de Journey dont je ne me lasse jamaisréarrangée ici dans une version extrêmement minimaliste au piano.

Peut-être qu’avec le temps j’arriverai à poser des mots sur ce que cela m’évoque ou les sensations que ça me produit quand j’écoute, d’autant plus que cela fut couplé à l’expérience unique du jeu pour Journey, mais trop souvent cela me paraît décalé ou faiblard par rapport à l’expérience musicale elle-même. Un jour peut-être.

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