Toute la musique qu’on aime

C’est avec grand plaisir que je me suis lancée dans l’aventure de la radio libre avec l’ami Aelthan Ferragun pour partager, non plus de lui à moi mais avec tout ceux qui le souhaitent, nos explorations musicales. C’est spontané, à notre image, lui cadré, moi bordélique. A mon avis je risque de recouper sur ce blog, dans mes reviews, et sur ce que je propose là-bas des groupes, artistes, clips et autres. On verra ce que ça donne dans l’avenir. En tout cas on se fait plaisir !

Pour réécouter le podcast de l’émission, ou pour écouter la playlist, c’est par là :

« Vous n’écoutez pas les autres radios » 

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Transistor Original Soundtrack, Darren Korb

Cette bande son, mais cette bande son ! Je fonds. Complètement trippé et atypique.

Un mélange de jazz et de soul, d’ambiance de fond de cabaret, d’électro moderne, de trips planants, … On oscille entre des airs ou emprunts rétro (« Water Wall ») rappelant le milieu du 20e siècle, avec des cordes grattées aux sons modulés à l’hawaïenne (« Sandbox »), des fonds électro beaucoup plus citadins (« Traces »), voire angoissés et dystopiques (« Vanishing Point »), des choses électro plutôt minimalistes (« Cut Apart ») et des airs chantés mélancoliques et plein de souffrance (« In Circles »). Une dominante rock maintenue, des guitares crades, des rythmes batteries, des frottements (« The Spine »), tout en incorporant des scratchs hip hop, des chappes planantes, etc. Parfois on se retrouve plutôt avec une guitare sèche type acoustique, pour des fragments à dominantes presque latines (« Coasting »). Mais rien n’est isolé, systématiquement les genres vont se mélanger. Quelques mélodies, et surtout l’aspect mixte de l’album, tantôt très électro tantôt plus trip-hop (ou hip hop) avec des touches jazzy, me rappellent le trip hop savoureux de Zero7 par moments (un clin d’oeil qui parle peut-être uniquement à ma sensibilité personnelle, mais ça m’a crevé les yeux) – y compris les inclusions de chanteuses. Car n’oublions pas de parler des contributions délicieuses d’Ashley Barrett sur 5 de morceaux comprenants des thèmes principaux du jeu. Une voix extrêmement chaude et ronde, chaleureuse, ouverte, au timbre impressionnant. Elle peut autant se fendre d’un vibrato très subtil, d’une texture pleine et entière, très douce, que d’une tension du flux limite éraillée qui fout le frisson. Impossible à classer ; parfois c’est du Morissette, parfois du velouté black-soul à la Gloria Gaynor.

Maintenant, évidemment on va aussi plus loin 😉 C’est une pâte à part entière, un tout indissociable. La BO de Transistor s’écoute aussi bien pour elle-même que pour le jeu en lui-même. Elle est puissante, et bien que conçue à la perfection pour soutenir le projet ; elle parle à l’âme sans avoir besoin de son produit d’origine. Une auto-suffisance dont je me délecte.

Le reste sera évoqué plus avant au court d’un long article de décryptage du jeu, en combinaison avec les thèmes principaux, ça me paraît inéluctable.

Tellement de bons ingrédients mis en ensemble dans une seule pochette ! J’écoute, j’écoute, j’écoute, encore et encore, et je ne me lasse pas. C’est fluide, ça coule tout seul, ça accompagne mes journées, souvent mes nuits aussi. C’est pêchu, moody, comment s’arrêter ?

Retour de concert, Kings Love Jacks

Un groupe sympathique découvert en première partie du concert de Rone à la Laiterie (Strasbourg) samedi dernier, 21 février.

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(Crédits photo ? Tirée du Facebook officiel, on pourra lui rajouter son auteur ou la supprimer)

Pas facile de passer en première partie d’un artiste aussi attendu et électrifiant que Rone. Débarquer dans une salle conquise qui attend impatiemment son heure… Je me suis toujours dit que cela devait être stressant et ingrat.

Kings Love Jacks a très joliment relevé le défi samedi dernier à la Laiterie de Strasbourg ! Je me suis clairement dit après leur départ qu’il fallait que je note le nom du groupe pour aller fouiner le net plus tard, histoire de trouver au moins des extraits et pouvoir réécouter ça.

La preuve par deux de la difficulté d’une première partie, c’est de marquer suffisamment le public pour qu’il aille en chercher plus. Nécessité d’avoir une bonne sélection de morceaux et de réaliser une performance scénique qui puissent conquérir en peu de temps. Et ce…. Parce que souvent le concert pour lequel les spectateurs sont venus efface tout souvenir de la première partie. Je ne l’avais pas du tout prévu, ce fut plus ou moins mon cas ici (bon, faut dire aussi que je vis dans l’instant et que mon cerveau reboot ta régulièrement) : les performances musicale et scénique de Rone étaient tellement intenses que ça a « écrasé » tout le reste… Ou presque. Visuellement, physiquement, et acoustiquement parlant, j’ai été tellement bombardée que le reste a pour peu disparu.

Mais heureusement, il me reste encore certaines sensations clé, alors allons-y. Pour commencer, je crois que c’était un gros plus pour le groupe de jouer dans un sous-genre d’électro différent de celui de Rone. Probablement plus facile pour ne pas se marcher sur les plates-bandes ou ne pas « décevoir » le public déjà accordé sur la fréquence de ce qui va suivre. Je crois que mes camarades et moi avons raté le début de la partie, avec ensuite l’entrée concentrée en quête d’une place adéquate, mais dès que je me suis posée et ai pu relever la tête pour prêter attention à ce qui se passait autour de moi, j’ai été hameçonnée.

« Tiens tiens! » Le côté imprévu, surprenant, grisant presque, d’une énergie bien projetée en avant dans la salle. Un étonnant et savoureux mélange de rock et d’électro. Je pose une oreille, puis l’autre, j’écoute attentivement. Le groupe est probablement déjà chaud – et une partie du public « de front » aussi, ce qui aide – et se balance très en rythme. Ça pulse, ça saute… Le bassiste est bien représentatif de l’ensemble, il ne tient pas en place ! Il se déplace, d’avant en arrière, puis de côté, se tourne vers ses acolytes, s’approche d’eux alternativement, puis s’arrête, tombe dans l’ombre (d’un jeu de lumière), puis repart, fait signe au public de taper dans ses mains, se courbe fort bas sur sa guitare… Je me mets à taper du pied et à balancer la tête à mon tour. Efficace !

Quid des effets de lumière ? Il faut vraiment creuser sa mémoire après le souffle nucléaire de Rone. ^^’ Comme une rétine qui a regardé trop longtemps le soleil… Mais j’ai retenu un panorama global. D’une part, j’approuve la fumée qui s’échappait déjà de la salle en volutes à notre arrivée. Je pense qu’utilisée avec parcimonie dans des moments clé, alliée aux lumières, elle peut servir le groupe. A réfléchir je pense. Dans le cas présent… Je ne saurais dire dans quelle mesure ça a eu de l’effet sur moi. Je pense que c’est le mélange de cette texture et du choix des couleurs restreintes, plutôt froides, ainsi que l’animation, qui ont produit un résultat assez inattendu : j’ai trouvé l’ensemble des effets étrangement « doux » et tamisés pour cette ambiance rock ! Le violet sombre de la photo de couverture notamment a marqué mon oeil ; pour le reste il m’aurait fallu des extraits vidéos pour me rafraîchir la mémoire… Certains jets de lumière / projecteurs étaient utilisés de façon assez classique somme toute, j’aimerais vraiment les voir user de créativité de ce côté, car je pense que cela pourrait réellement nourrir leurs morceaux. Ca donnera un rendu plus « fini ».

Autre point musical qui a intrigué mon oreille absolument neuve et non formée. Je ne sais pas si les réglages sons étaient très équilibrés, si cela avait été bien testé à l’avance et était voulu ainsi, car pour ma part j’ai eu la sensation de ne pas profiter d’assez de « profondeur de champ ». Comme s’il n’y avait que deux couches principales : la batterie et les sons électroniques. Par moment j’avais peut-être un peu de mal à entendre la basse, du moins c’est la trace qui m’en est restée. (J’aurais vraiment aimé avoir meilleur mémoire de ces instants pour revisiter tout ça!) Et justement, par ailleurs, après avoir reparcouru la tracklist en ligne je note que les arrangements concerts de l’album sont beaucoup plus épicés ! La teneur rock est très exacerbée. Personnellement, c’est ça qui m’a plu, cette recherche entre le rock et l’électro, extrêmement énergique, et alimentée par la présence des membres du groupe (le bassiste en tête). Il faudrait comparer les différents albums/EPs, parce que j’ai la sensation que selon les albums les choix stylistiques et les tonalités sont différentes, et probablement que cela serait également le cas en concert, à la fois sur chacun des albums, mais aussi entre deux interprétations live d’un même EP.

Pour une prochaine fois, autre note scénique, même si je suppose que ça dépend plutôt des choix des gérants de la salle de concert je crois qu’il est toujours plus facile pour un groupe de première partie d’avoir droit au même traitement « pénombre » que l’officiel. Cela permet mentalement de se mettre « en position » (de réceptivité), offrant ainsi un cadre à la fois visuel et contextuel pour enserrer la performance. Si jamais il s’agit d’une question technique, pour que les gens puissent y voir et se placer dans la salle, peut-être essayer de négocier tout de même une quantité réduite de lumière ? Sinon ça donne facilement l’impression que le groupe n’est qu’un fond (et dans ces cas là, autant brancher la radio….) du moins c’est un avis personnel. On pourrait profiter mieux du groupe, mais je suppose que ce sont les conditions de cet exercice de style. Cela serait à discuter, j’aurais besoin de retester ce type d’ambiance en fait. Quelque part j’ai la sensation d’avoir été « privée » d’une partie de l’expérience moi-même, soit parce que je n’ai pas été assez attentive à cause du cadre, soit parce que j’étais trop impatiente, ou je ne sais pas. J’aimerais en voir plus.

Du coup je suis restée statique, plutôt sur la réserve, à attendre de voir comment évoluait l’ambiance autour de moi. Besoin de m’échauffer aussi. Par contre, j’avais effectivement foutrement envie de bouger. Si je n’étais pas venue pour quelque  chose de plus posé j’aurais probablement suivi le mouvement. Parce que l’énergie de la musique de Kings Love Jacks, notamment incarnée par le bassiste très en forme (et / ou heureux !) ce soir là, était communicative ; il était simplement le plus visible de là où je me situais dans le fond, mais je pense avoir repéré que l’ensemble des membres étaient très heureux. C’était agréable de le voir se « recharger » auprès de ses compères un à un, comme s’il était branché sur la musique. De fait, la mission de réveiller une salle, de l’échauffer, m’a semblé remplie. Pas mal de gens dans la première moitié du public bougeaient et répondaient avec adrénaline au groupe. Cela m’a ouvert une forme d’appétit musical, d’en voir plus, d’en entendre plus. L’idée que peut être, revenir plus tard pour les voir eux, sur leur terrain, et pouvoir vraiment répondre à l’appel intérieur de leur musique, serait intéressant.

L’ambiance ? Mot clé : accessibilité. Profondément chaleureuse et conviviale, et vraiment, je n’arrête pas de le répéter… mais l’énergie du groupe est terriblement communicative. L’enthousiasme, la joie de jouer, la joie d’être là, et de donner. Il y a une interaction réelle avec le public, sans nécessairement l’interpeler à tout bout de champ ou faire toujours signes avec les mains. Avec les arrangements prévus, si appuyés, les gens ont pu naturellement se sentir appelés à applaudir et frapper dans leur main ou bouger en rythme. Quelque part, et ce point a plutôt tendance finalement à valider un choix d’une salle qui maintient de la lumière sur le public (reste à voir la quantité), l’attitude et l’ouverture des membres rappelle une ambiance de bar / café rock. Un espace où le groupe se trouve au fond de la salle, et nous devant, un peu partout, éparpillés en groupe, en train de discuter parfois, et malgré tout tournés vers eux. Quelque chose de très intimiste et sans barrière, et de profondément festif. Une fois de plus, étant donné que je n’étais pas venue pour ça, que je n’étais pas préparée, et que j’étais impatiente, j’ai été très surprise d’avoir été aussi sensible au groupe, d’avoir autant accroché, ce qui me semble souligner une belle réussite du groupe dans cette position délicate !

Un concert extrêmement encourageant, car je pense que le Kings Love Jacks possède une très grande marge de manoeuvre pour évoluer, progresser, tant dans les choix des arrangements que dans la technique de scène. Selon le type de salle, de lieu, de projet sonore, les possibilités sont multiples pour produire quelque chose de plus feutré et ombre/lumière, ou quelque chose de beaucoup plus dynamique et lumineux, pêchu. L’autre mot clé pour moi, je crois, sera protéiforme. Non seulement cela vaut le coup de se pencher sur tous les albums, mais aussi de revenir les voir en concert, selon que l’accent sera mis sur le son electro ou sur l’assemblage rock batterie/basse. Je me demande même dans quelle mesure, en fonction des sensibilités de chacun, combien de personnes préfèreront carrément venir les voir en chair et en os que les écouter chez eux, tant l’énergie déployée est percutante, et manquera dans l’écoute à la maison. Tout dépendra de nos humeurs, et du sous-genre (plus posé, ou plus tonique). Cela me demandera d’étudier tout ça. 

Petite anecdote finale. Personnellement, vu que je n’ai pas du tout encore l’habitude et le réflexe, j’aime à ce qu’on me rappelle où contacter les gens. Donc j’approuve la mention finale des comptes Facebook et Twitter après la performance. Un bon rappel pour ceux qui comme moi veulent aller fouiner après (même si j’entends bien que ça n’est pas nécessaire et que Google est notre ami).
Félicitations les gars !

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C’est par ici pour écouter le dernier EP du groupe sur Bandcamp ! (qui est disponible aussi sur Deezer a priori)

Il me semble que le live à Fip était bien sympathique également, avec des morceaux très différents. Je vois plein de petits EPs à découvrir sur bandcamp, je me réjouis d’avance des explorations futures.

Retour de concert, Rone à la Laiterie (Strasbourg)

Comme on dit si bien, l’occasion fait le larron. Quelqu’un qui croise ma route et mentionne en passant ce concert d’un artiste découvert il y a peut-être deux ans. L’idée émerge alors de prévoir un petit week-end prolongé pour me couper un peu de la thèse et souffler. Hop !

Pour respecter la parité et prolonger les expériences musicales, le live report de la première partie, Kings Love Jacks !

Extrait du nouvel album :

 

Ecouter les albums de Rone sur Deezer.

[Petite remarque : Des photos prises à la dérobée lors de quelques passages de « ralentissement ». J’ai « raté » les meilleurs effets, mais généralement dans ces moments-là j’étais plutôt en train de profiter.  Le blog retaille automatiquement pour éviter les déformations de l’interface, mais clic droit « ouvrir dans une nouvelle fenêtre » ou « afficher » permettra de les voir en plus grand.]

Je vais commencer directement par les quelques points négatifs histoire d’en être débarrassée. Il y en a très peu, et on peut s’en accommoder en fait. (NB: pour ceux qui s’en foutent royalement, surtout que ça ne concerne pas la performance de Rone, sautez ce passage et foncez après les petites étoiles).

Premièrement, un public étrangement jeune, une salle truffée de lycéens surexcités…  Avec sa corollaire qui à mon grand regret tend à perpétuer un cliché : jeunes, immatures, des cris sur aigus, des jeux à la noix dans la foule, et l’envie de se bourrer la gueule et fumer son joint… Assez décevant. Maintenant, j’ai fait de mon mieux pour me caler sur mes autres voisins et oublier ça, puisqu’il s’agissait plus de « noeuds » à divers endroits, mais que la salle comble comportait aussi d’autres types de personnes (c’est juste que forcément, les plus discrets se repèrent moins). Le petit souci, c’est plus les quelques moments où c’était impossible de ne pas y prêter attention parce que la nana devant vous se mettait à sauter partout et à écraser les autres comme si elle était seule dans sa chambre, ou quand votre voisin de droite se mettait à agiter son mégot en l’air sous votre nez (dans les gradins), ou quand toute une rangée plus bas se mettait à hurler de façon suraiguë. Mais bon, faire de son mieux pour que chacun profite… A noter cependant qu’à d’autres moments ça donnait une ambiance extrêmement électrique et « à fond » au concert ! Ça bougeait beaucoup, c’était joyeux, et Rone a pris des tonnerres d’applaudissements et de sifflements.

Deuxièmement, chose que les gens pensent souvent que j’exagère par intolérance : les infractions sur la cigarette dans les intérieurs. Dès le début du concert, les jeunes devant moi se sont mis à rouler des cigarettes (puis pas que du tabac…). Ca ne se fait pas, d’une part je trouve que la musique est tellement énorme que pas besoin de ça pour profiter, surtout en intérieur, et d’autre part, l’essentiel, c’est simplement une question de respect. Y a un lieu et un moment pour tout, on ne se comporte pas dans un concert comme à la maison (une personne qui m’accompagnait a tout naturellement trouvé la porte du fond avant le concert quand elle a voulu fumer). Si je ne fume pas, c’est par choix et par raison de santé, et quand j’arrive dans un lieu public où ça n’est pas respecté ça me pose problème : je suis physiquement incommodée, et le lendemain matin je suis malade. Mal aux yeux, mal au crâne, la gorge en feu etc. Tout simplement. Donc forcément… Un énorme moins.

Mais voilà, ce sont les seules choses que j’ai notées. Pas le plus grave du monde. Après, j’ai mis tout ça entre parenthèses autant que possible pour profiter du concert, qui, par tous les Dieux, était divin. Alors vite, vite, passons aux belles choses !

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Je ne m’étais spoilée d’aucun article, commentaire, photo etc, et donc la surprise a été totale. Je m’étais également détachée autant que possible des deux albums pour profiter de façon extrême de l’Instant : La puissance de la convergence des circonstances, un lieu, un public, une sono, un artiste et sa (re)création en direct, sans anticipation des chansons, des sons, des effets.

La lumière se fait très doucement et un oeuf, ou un vaisseau spatial, émerge, fumée à l’appui, s’échappant d’interstices lumineux. Au-dessus flotte une passerelle avec l’artiste à ses outils. Pendant un moment je me suis demandée s’il y avait une véritable passerelle, une estrade ou quelque chose, tellement l’effet visuel était fort, à cause de la lumière progressive, partant du centre, de la diffusion et du flou de la fumée. Passage ambigu qui m’a plongée directement dans l’esprit du concert : complètement étrange et spectral (grand mot clé de la soirée).

Découvrir une mise en scène aussi travaillée c’était le pied. C’est pro, c’est foutrement efficace ! Ca prend aux tripes, et ça nourrit exactement la musique de Rone pour moi : approfondir l’ambiance, raconter une histoire sans parole, accompagner le décollage, les sensations musicales… Terrible. Ce sont en réalité de véritables tableaux qui sont proposés. Des scènes, avec une charte de couleurs, de textures, de fumée (ou non), et plus encore. Les morceaux sont longs, flottants, porteurs également. Ce que j’apprécie de plus en plus, c’est le côté dynamique, le savant mélange de tous ces éléments. Ce n’est pas que visuel, pas que graphique mais tout un ensemble de choses qui fusionnent (Je crois que, oui, le deuxième mot que je retiendrai du concert ça sera fusion). Les tableaux sont vivants, les faisceaux se déplacent, changent de couleurs, se calent sur les notes de piano, les modulations de rythmes…

Voir Rone se démener au niveau des effets de la sceno, de la composition brute sous nos yeux, de le voir vibrer avec sa propre musique, gigoter, à la fois très concentré et pourtant réceptif, puis heureux, presque étonné de recevoir autant du public, avait quelque chose d’extrêmement touchant. Cette étonnante humilité… A-t-il l’habitude que les gens soient moins touchés par sa musique ? Ou beaucoup plus réservés ? J’espère qu’il a pris son pied, car il nous a livré un moment fantastique, et la moindre des choses étaient de l’exprimer. Je l’ai senti vraiment très en osmose ; même si je suppose qu’il avait une programmation, personnellement j’ai évolué tout du long avec la trajectoire qu’il avait construite, si bien qu’à partir d’un moment, j’avais la sensation qu’il anticipait les morceaux selon la vibration du public. Les chappes, les rythmes, les vibrations qui arrivaient successivement répondaient comme à mes besoins urgents. Pour redescendre, pour maintenir un palier planant, ou pour monter encore en intensité. Une lame de fond très puissante…

L’ensemble de tous ces éléments produisait des effets vraiment détonnants. Un mélange de moments visionnaires, galactiques ou tripés, avec des figures géométriques et colorées tracées dans la fumée, l’ombre et la lumière, à n’en plus finir. Comme un fond de rétine qui capte des ultra-violets. Cette charte graphique m’a énormément parlé; c’est une forme de sens abstrait, de poids symbolique. Pour ma part, je l’ai ressenti aussi comme une forme de métaphorisation de la vibration sonore, aussi bien ce qui pouvait s’écouter ou que se ressentir au fond des tripes. Du moins je l’ai expérimenté comme ça.


En parallèle de l’ambiance aérienne et cosmique, avec cette planète où nous avons débarqué via le vaisseau Rone, il y a eu des moments où j’ai été prodigieusement surprise de la qualité « organique » de la musique. J’ai cherché des mots, mais impossible d’arriver à savoir ce que je veux dire et à le retranscrire…  Malgré tous ces sons tech, ça sentait le bois, la matière, le primaire. Presque un fond de « nature », renforcé à un moment donné par un fragment de tableau en vert et jaune qui évoquait potentiellement le printemps, avec une texture visuelle de feuille et une saturation sonore qui faisait penser à un bruissement… Aussi, l’ambiance de groupe (salle) a je suppose accentué cette dimension dans un deuxième sens de la définition : la canalisation de la musique par la danse, l’énergie commune, et certains passages plus que planants, étaient profondément « organiques » ; primitifs, tribaux, quelque chose d’instinctif… Je n’arrive pas à mettre un mot sur ce que j’ai observé, mais la sensation de liberté et de communion était intense. Probablement de la trempe des effets de communion rituelle. Une forme de retour dans le temps, et de retour à l’essentiel, quelque chose de très élémentaire et puissant, de tacite.

La poétique Rone, au-delà du son et de sa lumière, a aussi été alimentée par un écran. Images graphiques au sens littéral cette fois-ci ont défilé sur certains morceaux : des illustrations et animations en noir et blanc dans un style très épuré, produisant comme des micros vignettes, ou saynètes. Cela venait soutenir l’ensemble du projet de concert, du délivrement de l’esthétique. Très impressionnantes synchronisations de la musique, des lumières et de l’animation par moments, notamment avec une scène où un météore venait s’écraser sur une planète, et que de geysers de lumière jaillissaient… des immenses frissons, d’autant plus en raison de l’endroit où ça se situait dans la trame du concert. Tout est une question de calibrage ultra millimétré ! En tout cas j’ai été ultra sensible à tous ces détails, et à tous les morceaux. Les petits êtres venaient rappeler la notion de Creatures, le titre du nouvel album, avec ce côté étrange et vivant, à mi-chemins entre les aliens et les petits farfadets de Miyasaki… (représentatif pour moi de ce mélange du galactique et du naturel). Une toile de fond et une vibration oscillant ainsi entre êtres et paysages, dans une sorte de voyage sidéral…


Du blanc éblouissant par moments. Puis du sombre, très sombre. Des rouges, de l’orange, du rose, du violet… Envoûtant. Des effets de « jets d’eau », de feuillage, de poussière, de vapeur… Tout cela sans jamais aucune figuration directe. Juste des effets de lumière et de fumée, des textures symboliques, ou assemblage d’une couleur, d’un fin sombre, d’un faisceau… Des étoiles, des comètes, des geysers donc, des pluies d’eau ou de neige, des étincelles…  A noter l’excellent moment où Rone s’est retrouvé « enfermé » dans un « tipi » de faisceaux bleus, ayant monté progressivement sur l’évolution de la track en cours.

Vraiment énorme. Une ambiance terrible, une musique sublime qui habite intégralement le corps. Avec tout ça… je ne pouvais pas faire autrement que de danser. Malgré toute la difficulté que représente un concert debout les uns à côté des autres, en identifiant bien le coefficient de mouvement de ses voisins, et en respectant ainsi un périmètre circulaire précis autour de soi, on peut se faire plaisir sans taper tout le monde (au début on se cogne nécessairement aux voisins, légèrement, mais on s’adapte). Et j’étais heureuse de voir beaucoup de gens se donner, même si certains étaient plus repliés dans leur intériorité. Pour ma part, la musique étant projetée avec une telle intensité, je la reçois et j’ai besoin de l’accompagner. Le palace de la sensation, avec des accents mystiques…

Ci-dessous un exemple de dégradé de couleurs pour accompagner les chappes, avec jeux d’ombre/lumière pour mettre en valeur l’artiste au centre.

Un exemple de tableau graphique en monochrome avec juste l’utilisation des lampes sur le Twitter Officiel. Je mets ça rapidement parce que je l’ai vu passer, mais je n’ai pas épluché mes amis Google et Youtube pour voir s’il y avait plein de choses à disposition ou pas. Et d’autres liens d’images internautes, je préfère filer les liens plutôt que de poster les photos vu que je n’ai pas contacté les auteurs : ici, ici et ici.

Finalement, pourquoi rentrer à la maison ? La planète Rone me convient très bien moi…


Retour aux ondes électros, petit tour d’horizon 1

Après beaucoup de retard (comme pour beaucoup de choses), je découvre bandcamp, le site de musique d’artistes indépendants, de petits labels faits maison. Découvert par les copains et les copains des copains, et à force de chercher des OST de jeux vidéos (Gunpoint, Brothers, Machinarium…), j’en suis venue à bandcamp ; puis je surfe, je surfe, je surfe… Et je me rends compte qu’il s’agit d’une sacré mine, notamment pour explorer la musique electro, moi qui adore certains styles, mais qui n’aie aucune référence en la matière. Et après quelques clics, des recommandations à droite, à gauche… ce type de site / réseau social permet d’aller vite, et j’en ai plein les oreilles. Du chillout, du trip hop, du nu jazz, de l’ambient…. miam.

D’abord rencardée sur le travail divin de Floex / Tomas Dvorak avec d’une part son album Zorya ainsi que les OST de Machinarium et Samorost 2, ainsi que ses albums persos.

[Zorya] commence directement sur un savant mélange. « Ursa Major » donne le ton : une chappe de fond très discrète et planante, quelques notes dissonantes rapide et une mélodie perchée au piano démarre, distincte, répétitive ; le caractère hypnotique se construit très rapidement avec une incorporation de sons  élecros de diverses natures ; d’autres notes de pianos, des tintements, des « crachements de micro », quelques impressions de percussions… L’impression d’être emportée par une boîte à musique moderne qui tourne et déraille, puis s’envole.  « Casanova » enchaîne avec d’autres instrumentalisations jazzy, un flou artiste entre les vents et les cuivres, une impression de clarinette (hanche pincée) puis de saxophone, avec une rythmique soutenue qui se propage. On oscille entre quelques choses de très clair et aérien et quelque chose d’extrêmement moderne qui sent l’urbain. Pour peu émergerait un bref moment l’illusion d’assister à une mélopée funèbre dans un cimetière américain, mais c’est peut-être moi ; derrière en revanche, on revient à une sorte de solo jazzy vibrant, avant de revenir à cette rythmique. Et commence la danse alternée. « Blow up » répond en miroir d’ « Ursa Major », revenant sur des notes de pianos mêlées à des chappes traînantes. « Precious Creatures » part sur un rythme très soutenu qui évoque la base de vent de « Casanova », en ajoutant une voix limpide et plutôt aiguë, entamant un chassé croisé des genres, instruments à vent (bassons, clarinettes), style jazzy, sons électros, beats, … « Forget Me Not » enchaîne avec des vibes un distordues et étranges. Tout se mélange, un enchevêtrements de motifs stylistiques et musicaux, voire rythmiques, étendus sur plusieurs tracks. Le résultat est complètement hypnotique, organique, comme un album conçu en une seule fois, un seul opus très long avec différents mouvements. Ajouts progressifs de simili-guitares, violons, pianos (« Veronica’s Dream »). Intermède scintillant, aérien, l’impression d’être dans une salle de répétition d’orchestre, puis dans l’espace, avec une radio brouillée. Complètement planant. Ca monte, ça descend, ça se suspend, puis ça s’envole avec des voix chaudes (« Nel Blu feat. Musetta »).  Un ovni inqualifiable pour moi, aux frontières de tous les sous-genres parmi lesquels j’essaie de m’orienter : l’ambient planant, trip hop rythmique, nu jazz, et chillout. Pas de mots, juste magique. A écouter en boucle.

[Machinarium] c’est la surprise dès la première écoute ! Je bondis. « The bottom ». Un mélange complètement trippé d’ethnique et d’électro, avec des micros sons de tambour, voire du tabla (tambours indiens aux timbres d’eau et de bois très particuliers), et d’électro, et de citares… What the hell is this? Magical. De la reverb, des chappes, des assemblages… J’ai perdu énormément de vocabulaires ces dernières années, c’est très frustrant quand j’ai besoin de décrire des choses que j’identifie bien mais que je n’ai plus le terme pour. « The Sea » plane et tinte, « siffle » très brièvement avec des similis flûtes… « Clockwise Operetta » inqualifiable aussi. Un tempo qui s’emballe, avec des timbres de percus en bois, des notes synthés, des ensembles de cordes, et puis d’un coup une voix électronique qui profère une phrase hypnotique en français. Indescriptible. Des trilles ultra aiguës au piano qui me donnent les poils, un bois type clarinette se profile. Puis… tout change. (« Nanorobot Tune ») Des beats bien sentis, un côté hip hop, mélangés à des sons électros. J’ai le corps qui gigote, qui veut bouger. Avant de ralentir sur une piste presque en bruit blanc (« The Mezzanine »). Fusion du piano, des tintements et des sons électroniques sur « The Furnace ». Du jazzy, du scratch, du « terreux », du brillant, du flottant… Y compris un petit jazz cubais des familles pour la track finale « The End » ! (Non sans avoir joué sur les conventions évidemment, en l’introduisant après des sons électroniques, à travers un effet radiophonique) Un petit bijou. On pourrait en parler longtemps.

Toujours de l’électro expérimentale dans un univers étrange et boisé pour [Samorost]. On retrouve la même volonté de variété que pour d’autres OSTs de jeux, dans un esprit espiègle, tantôt joyeux et coloré, tantôt mystérieux et sombre. Mélange de jazz, de morceaux assemblages de sons/bruits y compris naturels, des effets de tunnels, de grotte, d’eau, de percus, des pianos discrets et inquiétants parfois.

Je me rends compte alors, à force, que je navigue autour du « concept » d’IDM (Intelligent Dance Music) et que je retombe sur mes pattes au final. L’IDM se veut probablement exactement ceci : un creuset de créativité. On prend de tout, partout, et on mélange, non gratuitement, mais par recherche, démarche, expérience, questionnement… Et finalement, on transcende. Impossible alors de réduire à un seul terme et un seul style, ça n’aurait pas de sens. Il y a de nombreux embranchements que l’on peut identifier, mais les morceaux ne sont jamais réductibles à ceux-là. C’est un discours « meta ». Les résultats musicaux sont incroyablement organiques et puissants, en tout cas je les trouve porteurs. J’ai été totalement happée, harponnée, emportée. [Note: j’ai beaucoup apprécié cet article sur le sujet]

Rencardée ensuite sur Jim Guthrie, dont j’écoute essentiellement le récent One of These Days I’ll Get it Right.

Je glisserai peut-être un mot plus poussé dans l’avenir, mais dans tous les cas, on se situe ici plutôt du côté du trip hop, avec un savant mélange de voix radio/enregistrées, de rythme hip hop et d’électro. Maintenant, comme toujours, le mot clé demeure éclectisme. Moderne, urbain et composite, ça me laisse néanmoins un léger goût « daté » ; l’impression d’entendre de la musique des années de la fin 90 /  début des années 2000. L’album est néanmoins varié, et à partir de la moitié, les tracks commencent à changer d’influence, tantôt plus pêchues, tantôt plus planantes.

Puis le single KAMPUS de Pilotpriest, inconnu au bataillon, et là je commence à me dire que la route ne fait que commencer et qu’il y a de quoi bien « s’amuser »…

[KAMPUS – SINGLE] Des notes de synth-waves qui forment une mélodie par-dessus la masse, des beats de batterie claire pour poser un rythme constant, des sons enregistrés qui viennent infuser l’ensemble (« Kampus ») ; on ne sait pas où on va, mais on y va. Une forme de voyage dans une über-city ? Un petit côté Blade-runner ou Tron ? (« End of An Era ») Puis on s’enfonce dans quelque chose de plus sombre et inconnu. Les fréquences chutent vers les graves, des bruissements se font entendre, à mi chemin entre des cigales et des grésillements (« Body Double – Reprise »). De la lenteur se dégage une pulsion régulière, qui monte puis descend, s’approche et s’éloigne. Une piste qui s’étire, s’étire, s’étire… Après les 2 intros, on s’en donne pour 21:20 minutes. C’est le plongeon.

 

A partir de là commence l’errance hasardeuse sur bancamp à la recherche d’autres labels et albums similaires. Ralentissement maintenant, on s’aventure alors dans l’ambient.

D’abord assez classique somme toute, un bel assemblage de sons électroniques, [A World Away] de Teen Daze se situe dans la lignée de l’electro-ambient et de la synth-wave. Certaines pistes ont une progression très lente qui incorpore petit à petit des notes de piano-synthé et guitare (« Sun Burst ») plus ou moins à la mode des années 80, quand d’autres sont beaucoup plus punchy (comme « Another Night » qui contient un beat avant de décoller), voire très électroniques (« Than », « Desert »). On se balade ainsi entre l’ambient lente et pure, l’electro-synthé, et l’électro minimaliste. Je cherchais un fond sonore détendu qui offre une certaine « largueur de champ », je ne saurais pas comment expliquer. Cet album me semble être un excellent mélange de passages hautement planants et de choses soutenues par un rythme de fond très présent ; ni seulement l’un, ni seulement l’autre, les pistes proposent une belle pâte du coup, et après un ancrage rythmé (« Than », « Desert ») au coeur de l’album, on effectue soudain un ralentissement stratégique pour s’envoler à nouveau sur « I Feel God in The Water ».

Ensuite, je découvre 12k, et on plonge dans du beaucoup plus minimaliste et expérimental (termes retenus par le label New Yorkais). Des compositions longues et intenses. Je mets le doigt sur eux à cause de la mise en avant sur bandcamp de la précommande de Perpetual, par un quatuor d’artistes regroupé pour un live et n’ayant jamais joué ensemble auparavant (« legendary musician Ryuichi Sakamoto was joined on stage by Taylor Deupree and the duo of Corey Fuller and Tomoyoshi Date, known as Illuha« ), avant de fouiner du côté de Parallel Landscapes de Steinbrüchel.

Pour le premier [Perpetual], on sort complètement du genre classique de l’ambient : du feutré, des sons venus des profondeurs, des grattements, de la pluie, du vent, … quelque chose d’à la fois musical et éthéré, avec une longueur de notes, une base assez mélancoliques qui transportent, tout en étant ancré dans la matière, la texture (effets de sons naturels).  Avec douceur, et patience, la progresse, on se demande quels sons reviendront ou non, quel écho balancera sur quelle oreille… ce qui donne vraiment d’un déplacement. On se sent plongé dans l’expérience de la création ou dans un espace temporaire sans lieu, suspendu.

Pour le deuxième [Parallel Landscapes], quelque chose de plus mélodique, tout en petites touches colorées et discrètes, qui n’a pas été sans me faire penser à l’OST de Flower, très étrangement. Un mélange d’impressions de notes de piano, de clochettes métalliques, de synthé, de vibrations. Quelque chose de plutôt posé et plat (homogène), dont l’absence d’apex me fait songer à une métaphorisation de la pluie. Une forme de voyage intérieur de soi, ou à l’intérieur du son, métaphorique et abstrait. 

Les deux sont en précommande, seules une piste ou deux sont disponibles pour chacun des deux albums, ça me laisse songeuse.